|
J’aimerais
vous faire connaître ma version de la visite à Chureca.
Comme j’avais déjà lu
sur le sujet il m’intéressait maintenant de saisir l’expérience.
Passer des mots au vécu est bien différent et je ne peux pas tourner la
page. Au fur et à mesure que nous parcourons ce site nous constatons la
dureté de l’endroit. Un nuage de poussière et de fumée nous
enveloppe, des bovins perdus cherchent à manger dans ces détritus,
quelques personnes nous regardent. A l’abri dans notre luxueuse autobus,
fenêtre relevées, odeur oblige, nous avançons. A moitié du chemin ou
nous nous contenterons de rester, nous voyons une situation ahurissante.
Des centaines de gens sont là à attendre les camions de déchets,
appelons-les plutôt les camions de survie.
Dans cet enfer
chacun à sa place, hiérarchie oblige, les hommes en premier, les femmes
et les enfants en dernier. Je ne peux n’y ne veux me cacher ce que je
vois.Au retour dans ma réflexion certains mots me reviennent sans cesse.
La différence que j’ai avec eux est le FAIT que je suis née au nord
mais j’aurais pu naître là parmi eux! Aurais-je eu la force de
survivre? Et vous l’auriez-vous?
A présent ma
conscience bien éveillée de ce vécu, comment puis-je être
solidaire envers ce frère et cette sœur qui a droit à sa dignité?
Un grand sage
nommé Don Julio m’a dit: donne ce que tu peux et non ce que tu veux et
surtout ne sois pas triste, ton sourire est puissant offre-le!
Chantale
Nous sommes dans une société du
jetable: rasoir jetable, stylo jetable...humain jetable! Ces éléments
peuvent se retrouver au dépotoir. Lors de notre visite de la
"churecca", nous avons vu qu'il s'y trouvait des gens. Ils
sont plus de 1300 à vivre des déchets. Le Nicaragua est le pays le plus
pauvre de l'Amérique latine après Haïti. Imaginez ce qu'il peut y
avoir dans leurs déchets. Seuls les plus forts survivent. C'est la
loi de la jungle. Mais le monde n'est pas une jungle. Nous ne
sommes pas des animaux.
Au dépotoir se retrouve tout ce dont nous n'avons plus besoin.
Comment peut-on en arriver à re-jeter des personnes? C'est souvent
la logique du système dans lequel nous vivons et cela est plus flagrant
ici. Comme le dit Santiago, pour avoir des grosses légumes, par
exemple de grosses carottes, il faut enlever les plus petites pour faire
plus de places aux grosses. Mais les gens ne sont pas des carottes qu'on
éliminent!
Dans cet environnement malsain, il y a toutefois de l'espoir.
"Dos generaciones" un organisme qui veut miser sur le potentiel
des personnes pour les aider en s'en sortir. Ils veulent attirer
l'attention sur l'humain qui vit dans ces conditions. Déjà
par leur travail, ils ont réussi à sortir des centaines de jeunes de cet
enfer. Une d'entre elles a complété des études
universitaire. De dépotoir à l'université, c'est pas mal. Ils
humanisent la "churecca".
Mais il faut plus. Une société doit avoir comme principe
le bien de son peuple, de tout son peuple. On ne doit plus sacrifier
la vie d'hommes, de femmes et d'enfants à l'autel de la
consommation. Dans un autre temps on qualifierait ce comportement de
barbare. Pourtant il se produit chaque jour. Que pouvons-nous faire
pour vivre plus de justice? Que pouvons-nous faire pour assainir davantage
nos dépotoirs et pour les transformer en jardins fleurissants? Nous
devons semer autre chose que la compétition et la consommation pour
récolter quelque chose de mieux.
Daniel
|