Nos hivers rigoureux d'hier
Les 50 ans et plus s'en souviendront, les plus jeunes n'en croiront pas leurs yeux. Jadis, on attribuait même des noms à certaines grosses tempêtes inévitables. Comme la tempête du Jour de l'An, des Rois, des Jours gras et celle des corneilles, aussi appelée, la tempête des sucres.
Avant les années 1944, les routes n'étant pas ouvertes à la circulation des automobiles, les gens se déplaçaient en "sleigh".
Ce n'est qu'à partir de l'hiver 1944-1945 que M. Gratien Bourret a commencé l'entretien des chemins. Pour ce faire, il avait un camion de trois tonnes muni d'une "charrue" en V. Dans le but d'offrir un service d'autobus, de St-Guillaume à St-Hyacinthe, le Rang Ste-Julie fut la première route ouverte. Afin d'abaisser les "remparts", devenus trop haut, une aile en bois de quatorze pieds (4m) a été fixée au camion. M. Hector Doyon en a fourni le bois et celle-ci fut fabriquée, entre autres, par messieurs François Laprade et Napoléon Belhumeur.

Sur la photo, Charles Baudet, Hector Doyon, Napoléon Belhumeur et Gratien Bourret
Parfois, on devait utiliser la force de deux camions, un à la suite de l'autre, pour parvenir à pousser la neige durcie. Lors d'une de ces manoeuvres, Gratien a subi une importante intoxication de "gaz" provenant du tuyau d'échappement du premier véhicule.

Sur la photo, prise en janvier 1947 dans le Rang Lachapelle, on voit des gens venus avec leurs pelles pour aider au déblaiement de la route.
À la fin des années 1950, avec un équipement amélioré tel que des camions de douze tonnes, à quatre roues motrices avec des chaînes aux pneus, et malgré, la pose des clôtures à neige, l'entretien des routes demeurait une tâche difficile, vu les tempêtes successives, l'abondance de la neige et le bas niveau de ces routes. De plus, au printemps, on devait mouvoir la neige, mêlée d'une considérable accumulation d'eau occasionnée par des fossés peu profonds.

Photo prise en 1958 par M. Paul Lemonde.
Vous souvenez-vous du verglas? Non pas celui de 1998, mais plutôt de 1961. Il a succédé à une tempête qui a laissé une forte accumulation de neige. Pour parvenir à enlever celle-ci Gratien avait reçu l'autorisation de la Southern Canada Power (l'Hydro-Québec, aujourd'hui), de couper les fils pour enlever les poteaux qui encombraient les routes.


Une équipe d'une grande efficacité secondait M. Bourret. En plus de messieurs, Rolland Descheneaux et Guy St-Laurent, apparaissant sur la photo, mentionnons messieurs, Jean-Paul Lalancette, Alfred Lapolice et bien sûr le fils de Gratien, Jacques.
Et maintenant, si l'on parlait de l'homme qui a oeuvré plus de 25 ans dans les chemins d'hiver! Cet homme fier, d'une grande détermination et d'une ténacité inébranlable, n'avait pas peur de l'ouvrage ni de se retrousser les manches pour faire face à la musique.
Cet homme bravait le froid en réparant dehors de grosses pièces mécaniques, en se couchant sur la neige, sous ses camions, pour les entretenir et les réparer, ou encore, en conduisant la vitre baissée. Était-ce pour mieux voir au travers de la poudrerie ou pour ne pas s'endormir au volant, après des heures et des heures à passer et repasser dans tous ses chemins?
Ce grand travailleur en donnait plus que le client en demandait. Il était pourtant écrit dans son contrat, qu'il avait 48 heures, après la tempête, pour ouvrir les chemins. Bien, voyons donc! Aurait-iol pu rester bien tranquille, les deux pieds sur la palette du poêle, et attendre? Pendant que ses chemins s'emplissaient de neige? Bien sûr que non! Il envisageait toutes les éventualités: quelqu'un pourrait avoir besoin du docteur, être pris dans un rang, vouloir se rendre au chevet d'un mourant. De plus, pour lui, il était important que ses chemins soient ouverts pour la messe du dimanche. À la maison, le téléphone ne dérougissait pas. On le réclamait pour toutes sortes de raisons: on attendait de la visite, on voulait se rendre chez un voisin qui avait la télévision, pour regarder "La famille Plouffe", "La lutte" ou, tout simplement, on manquait de pain. Ah! si cet homme de devoir avait pu satisfaire tout le monde à la fois, il en aurait été bien heureux...
Cet homme, dont nous sommes si fiers, c'est mon conjoint que j'ai épaulé, c'est notre père qui nous a souvent manqué.

Photo prise par Paul Lemonde en 1958-59. Jean-Paul Lalancette, Jacques Bourret et Guy St-Laurent.